Député à l’Assemblée nationale et président de la Commission Énergie et Mines, Babacar Ndiaye a participé à la visite de terrain dans les zones d’exploitation des ressources extractives au Sénégal. À Niafrang, il a constaté que, malgré sa réticence au projet G-Sand, la communauté a ouvert une brèche aux négociations afin que l’entreprise et les populations y trouvent leur compte.

Dans cet entretien accordé à la rédaction de Weer Bi lors de la conférence mondiale de l’ITIE 2026, l’honorable député appelle les autorités à redoubler d’efforts pour que le Sénégal conserve son statut de leader mondial dans la gestion des ressources extractives.

Quel était l’objectif de votre participation à cette conférence mondiale de l’ITIE ?

Je suis venu représenter l’Assemblée nationale, au titre de la Commission Énergie et Mines, et m’enquérir de la situation mondiale de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Cette conférence nous a permis de faire beaucoup de rencontres et de voir, au niveau mondial, comment les pays mettent en œuvre cette initiative. Elle nous a aussi permis de constater comment le Sénégal a pu entrer dans le cercle des grandes nations en matière de transparence du secteur extractif. Le Sénégal est leader dans ce domaine, avec une note de 89 sur 100. C’est un plaisir de voir les efforts fournis par l’ITIE Sénégal pour arriver à ce stade sont appréciés par les participants, de voir comment le pays est perçu et comment il a pu hisser son drapeau au plus haut niveau en matière de transparence du secteur extractif.

Les députés ont-ils été consultés dans le cadre du processus de validation de la Norme ITIE 2023 ?

Deux députés de l’Assemblée nationale sont aujourd’hui membres d’office du groupe multipartite (GMP). Les députés sont impliqués en amont comme en aval du processus de validation de la norme ITIE 2023. Ils sont informés de tout et sont très actifs durant le processus.

L’Assemblée nationale travaille en parfaite collaboration avec le Comité national de l’ITIE, pour obtenir les informations dont il a besoin et surtout pour vérifier et contrôler l’exploitation des ressources minières, pétrolières et gazières. Cela est en phase avec nos missions : le contrôle de l’action du gouvernement, l’évaluation des politiques publiques et la production de lois dans le secteur extractif.

Quel rôle les députés doivent-ils jouer pour que les communautés concernées tirent pleinement profit de l’exploitation minière ?

Les communautés réclament davantage de considération, d’implication et de reconnaissance dans la gestion des ressources minières, pétrolières et gazières. Elles veulent aussi trouver leur compte dans l’exploitation de ces ressources. En tant que députés, nous n’avons ménagé aucun effort pour nous enquérir de leur situation, les accompagner, les aider à prendre conscience de leurs droits et faire en sorte que l’État défende leurs intérêts.

La Commission Énergie et Mines est présente sur le terrain, aux côtés des communautés impactées. Elle a passé une semaine dans la région de Kédougou pour s’enquérir de la situation des communautés touchées par l’exploitation de l’or, et une semaine à Ziguinchor pour voir comment l’exploitation du zircon affecte les populations. Nous sommes également allés à la rencontre des populations de Niafrang, de Thiès et de toutes les régions minières du pays. Notre démarche vise aussi à appeler les entreprises à respecter leurs obligations envers les populations.

Le Sénégal a obtenu la note de 89 sur 100 lors de la validation. Cette note reflète-t-elle fidèlement la bonne gestion des ressources minières du pays ?

C’est une excellente note, qui suffit pour affirmer que l’ITIE Sénégal est très performante. Mais cela ne signifie pas que le pays a atteint le sommet et qu’il peut se relâcher. Nous allons travailler davantage pour renforcer la transparence et le contrôle dans le secteur extractif qui est très stratégique, complexe et sensible. C’est une très bonne note, qui met en exergue les performances de l’ITIE, mais qui nous impose de travailler davantage pour ne pas régresser.

Que retenez-vous de vos visites de terrain dans les zones minières, notamment à Niafrang pour le projet G-Sand ?

Concernant le projet G-Sand à Niafrang, notre visite a donné lieu à un rapport adressé au président de l’Assemblée nationale.

Lors de notre visite, nous nous sommes rendu compte que plus de 80 % des communautés vivant autour du projet sont favorables à l’exploitation du projet G-Sand. La communauté de Niafrang y est restée hostile. Les négociations se poursuivent entre les communautés de Kabadio, de Niafrang et d’Abéné.

La totalité de la population de Kabadio est favorable à l’exploitation de la mine. À Abéné, c’est le même cas : plus de 80 % des habitants sont en phase avec le projet. La communauté de Niafrang, hostile depuis le début, campe sur ses positions, mais elle a ouvert une brèche dans les négociations pour trouver un consensus. C’est un projet minier dont le Sénégal a besoin d’exploiter et qui a montré ses avantages et ses limites.

Pour une meilleure gestion de la situation, les acteurs (État, entreprises, communautés, OSC, Assemblée nationale, etc.) doivent échanger afin de trouver un consensus, pour que l’entreprise comme les communautés y trouvent leur compte.

L’entreprise respecte-t-elle ses obligations juridiques et ses engagements envers les communautés ?

D’après ce que nous avons vu, l’entreprise fait le maximum pour une meilleure exploitation.

Que retenez-vous du dossier relatif à l’extension du périmètre d’exploitation ?

Ce dossier est toujours pendant devant la justice, qui a déjà rendu deux verdicts concernant l’exploitation. La justice et les autorités concernées feront le nécessaire pour trouver une solution.

Propos recueillis par Oumar BA (weerbijournal@gmail.com)

By Oumar

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *