Dans un entretien accordé à la rédaction de Weer Bi à Bruxelles, lors de la conférence mondiale de l’ITIE 2026, le chef de la cellule Information et Communication du Secrétariat technique de l’ITIE du Togo, Parfait Mensah DZIVENOU, a souligné que la publication des données est satisfaisante, mais que leur utilisation reste le nouveau défi pour les pays mettant en œuvre la norme ITIE. Selon lui, c’est l’utilisation de cette information qui apportera des réponses aux préoccupations dont souffrent les communautés.
Qu’est-ce qui explique la participation du Togo à la conférence mondiale de l’ITIE ?
La conférence mondiale de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) est aujourd’hui la seule grande rencontre où tous les pays mettant en œuvre la Norme ITIE se retrouvent pour échanger et partager leurs expériences. Nous sommes ici pour apprendre des autres pays et partager avec eux l’expérience que nous avons acquise à travers la mise en œuvre de la Norme depuis notre adhésion en 2010. Nous sommes venus partager les enseignements de ces 16 années et profiter aussi de leurs expériences pour améliorer notre gouvernance dans le secteur extractif.
Quel est le niveau de validation du Togo par rapport à la mise en œuvre de la Norme ITIE 2023 ?
Lors de la dernière validation, nous avons obtenu 74 sur une échelle de 100, ce qui n’est pas mal. C’est significatif, mais nous voulons faire mieux dans les prochaines années, pour atteindre une note de 90 sur 100 ou plus et des progrès satisfaisants.
Quelle est la signification de cette note ?
Les résultats de la validation nous encouragent pour les efforts faits dans le cadre de la mise en œuvre de la Norme ITIE 2023, en faveur d’une gouvernance transparente et responsable du secteur extractif. Ils permettent aussi d’identifier nos faiblesses et les points à corriger pour une gouvernance beaucoup plus robuste. Pour ce qui n’a pas fonctionné dans la mise en œuvre, nous allons voir ce qui a réussi dans les autres pays et apprendre les mécanismes par lesquels ils ont surmonté les difficultés que nous rencontrons. Ces pays apprendront aussi de nous, car certains de nos points forts ont été appréciés, de même que les stratégies qui nous ont permis d’y arriver.
Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné au Togo ?
Ce qui n’a pas fonctionné, c’est la gouvernance et l’organisation du fonctionnement entre les différents organes de mise en œuvre. Nous avons dû revoir notre plan de travail afin que toutes les parties prenantes soient pleinement associées, du début à la fin de son élaboration, et renforcer les capacités d’action du Secrétariat technique, qui est la cheville ouvrière du dispositif national. C’est la faiblesse de la gouvernance qui nous a été reprochée. Du côté de la transparence, quelques entreprises, en particulier l’entreprise d’État, ont des difficultés à mettre en ligne leur rapport financier pour que le public puisse y accéder facilement.
Avec un peu d’efforts, nous pourrons répondre à tous ces reproches. Sur le plan de la gouvernance, beaucoup d’efforts ont été faits depuis l’évaluation de 2024 : le financement du Secrétariat technique a été renforcé et les mandats ont été renouvelés pour donner un nouveau souffle à la gouvernance du secteur extractif.
Qu’est-ce qui explique l’écart entre la notation et les plaintes des communautés ?
Nous avons mené une étude sur la communication autour de l’ITIE. Les résultats ont révélé que l’ITIE est très connue au Togo et que l’information parvient aux populations, mais que l’utilisation des informations et des données de l’ITIE est très faible. Nous avons cherché à comprendre pourquoi. Nous nous sommes rendu compte que le contexte ne favorise pas encore l’appropriation des données de l’ITIE par les citoyens pour interpeller les autorités. Cela ne fait pas encore partie de la culture togolaise. Je pense que la publication des données est satisfaisante, mais que leur utilisation est le nouveau défi pour le Togo et les pays mettant en œuvre la Norme ITIE.
Il faut changer la stratégie de communication pour que le citoyen comprenne que les informations mises à sa disposition sont destinées à être utilisées. Jusqu’à présent, les populations attendent que l’ITIE, ayant découvert des anomalies, les règle elle-même. C’est une fausse compréhension des choses. L’ITIE ne réglera rien : elle veille à ce que chacun ait l’information dont il a besoin pour agir. Désormais, nos programmes de renforcement des capacités mettront davantage l’accent sur les modules consacrés à la manière d’agir à partir des informations de l’ITIE. Aujourd’hui, les gens réagissent sans disposer d’informations pour convaincre l’autorité. Nous leur donnons des arguments rationnels, à savoir les données de l’ITIE, pour qu’ils puissent discuter de façon apaisée avec des autorités qui comprennent le même langage et qui puissent trouver des solutions idoines à leurs préoccupations. C’est le nouveau défi que nous devons relever.
Les rapports de l’ITIE du Togo sont rédigés en français. Est-ce suffisant pour atteindre toutes les communautés impactées par l’exploitation des ressources extractives ?
La Norme ITIE exige que les documents soient impérativement publiés en anglais, en espagnol ou en français. Pour atteindre sa cible, le Togo a multiplié les traductions afin de simplifier les rapports dans les langues nationales. Nous traduisons les rapports dans les langues véhiculaires, l’éwé et le kabyè. Sur le terrain, nous cherchons un interprète capable de traduire dans les langues particulières. Mais nous avons constaté que cela ne suffit pas. Il ne s’agit pas seulement de traduire, mais de faire comprendre le message à la masse critique de la population qui n’est pas alphabétisée.
Nous avons donc développé des stratégies, notamment des pièces de théâtre d’une quinzaine de minutes qui représentent les grandes notions ou les faits marquants des rapports publiés, afin que même un public analphabète puisse comprendre le rapport. Nous réalisons aussi des bandes dessinées pour ceux qui ne souhaitent pas lire les rapports de l’ITIE.
Le défi n’est plus de savoir dans quelle langue publier le rapport. Nous voulons dépasser cette étape pour aller vers l’utilisation, car lorsque la personne comprend bien le message, même oralement, elle utilise l’information. Et c’est l’utilisation de cette information qui apportera des réponses aux préoccupations dont souffrent les communautés.
À travers les sessions parallèles, on a vu que l’utilisation des données de l’ITIE est une préoccupation pressante dans tous les pays mettant en œuvre la Norme. Comment faire pour que, lorsque l’information de l’ITIE est accessible au public, les gens puissent, indépendamment de nous, y puiser, l’analyser et donner du sens aux chiffres que nous publions ? Dès que ces chiffres prennent sens, ils peuvent servir à régler des problèmes concrets de la population, et quand ces problèmes sont réglés, la satisfaction populaire apporte le bonheur à tous.
Propos recueillis par Oumar Ba (weerbijournal@gmail.com)